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2018-07-28T18:11:56+02:00

Derrière le rideau de fer

Publié par divagations-et-balades

          Finalement, nous gardons la visite de Pest pour plus tard, au retour d' un petit voyage à Pécs, ville non loin de la frontière roumaine.

          Dès le départ de l' hôtel :

     * première surprise : nous devons indiquer notre destination,

     * deuxième surprise : on nous indique le temps estimé pour joindre cette ville avec une légère autorisation de dépassement en cas d'aléa.

     * troisième surprise : interdiction de rassemblement de plus de trois personnes dans les rues.

          Eh bien ! Moi qui aime flâner et prendre le chemin des écoliers ! Nous allons devoir filer d' une traite. Il nous embête ce type ! Sans doute un genre de commissaire politique.

          Et si je veux traîner en route....Et si je suis en retard, qu'est-ce qu' ils vont faire ? Je ne suis pas hongroise moi. Et si je n'en faisais qu'à ma tête...... pour voir.

          Mais ma soeur joue les rabat-joie. Elle n'est pas rassurée et de plus, elle a sans doute raison. Ces gens-là manquent peut-être d'humour. 

          De toute façon, entre Budapest et Pécs il n'y a pas grand-chose à voir, à part de bizarres minuscules maisons avec une seule porte surmontée d' une seule fenêtre. Des maisons de Schtroumpfs.

          Nous arrivons à Pécs. Je ne me souviens plus du nom de l' hôtel. Il était en plein centre, non loin d' une synagogue. Il y avait une communauté juive de trente mille membres au moment de la Deuxième Guerre Mondiale. Tous furent déportés par les nazis, seuls trois mille revinrent.

          A l'hôtel, nouvelle surprise : on nous demanda combien de temps nous allions rester. Jusque là, c' est normal, puis on nous confisqua nos passeports. Cela, j' aimais moins, et je nous voyais déjà filer vers la frontière et pénétrer en fanfare en Autriche.

          Je répondis que nous resterions quatre jours. Mais, quand le troisième jour nous annonçâmes que nous allions partir......Surprise :

     " Impossible, vous aviez dit quatre jours, vos passeports ne vous seront rendus que demain ".

          J' aimais de moins en moins. Mais que faire ?

          La chambre aussi nous réservait quelques surprises. Très spartiate et.....une feuille de papier toilette chacune, plus un petit savon d' invité pour deux !

          Je me souviens qu' en occidentale inconsciente, j' étais descendue à la réception pour demander un rouleau de papier......Impossible......J' en avais presque honte d' avoir réclamé devant l' air navré de la réceptionniste.

          Comme on ne pouvait pas sortir le soir, et d' ailleurs qu'aurions-nous pu faire ?, nous avons regardé la télé sur le vieux poste en noir et blanc de la chambre. Et là, ce fut rigolade et consternation.

     * Nous avons vu un documentaire en français sous-titré. Déjà le ton grandiloquent et démodé du reporter, puis les images vieillottes nous firent penser immédiatement que ce reportage datait de la guerre. On y voyait des files impressionnantes de personnes faisant la queue devant une boulangerie, des femmes, portant des cabas de ciré noir, se traînant misérablement, vêtues de tabliers style années quarante, un noir se déplaçant furtivement en rasant les murs, jetant des regards inquiets à droite et à gauche, et se baissant brusquement pour ramasser un mégot sur le trottoir. (Le lendemain, la femme de chambre s'est apitoyée sur nous d'avoir une vie si dure chez les capitalistes)

          Puis, on vit le reporter sonner à la grille d'une villa de St Cloud et un domestique noir venant ouvrir et l' introduisant dans un cabinet de travail. On y vit..........Jean-Marie Le Pen, les pieds sur son bureau, un gros cigare dans la bouche, disant, rigolard : " Vous voyez que je ne suis pas raciste, j' ai un domestique noir ". Ce fut un grand moment !

          Le soir, nous dînions au restaurant de l'hôtel. Nous étions loin de l' image romanesque de la Hongrie que j' avais en tête : tziganes, czardas, Liszt....

   

 

 Derrière le rideau de fer

          Une odeur qui n'excitait pas l' appétit venait par bouffées de la cuisine chaque fois que la porte s'ouvrait sur un serveur. En fait, il n'y avait presque rien à manger et l'essentiel de notre nourriture pendant tout notre séjour fut : le pain.

          Les magasins de la ville, comme ceux de la capitale que nous verrions plus tard, étaient très mal achalandés : d'énormes radis, des oranges de Cuba presque pourries, et.....des sortes de fromages Vache qui rit poussiéreux, vendus........à la portion.

          C' est là, à Pécs, que j' ai vraiment réalisé que nous étions derrière le rideau de fer.

          Et le quatrième jour, passeports récupérés, et selon les mêmes modalités, nous sommes parties vers le lac Balaton.

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commentaires

Ramon 02/08/2018 16:04

Ton récit montre à quel point le rouleau compresseur de la propagande communiste abrutissait les esprits. Si à l'époque, tu avais publié ton récit, la gauche et surtout l'extrême gauche française, t'auraient traitée d'anticommuniste primaire. Je cours lire la suite.

aln03 02/08/2018 10:03

A la suite de ce séjour , tu aurais pu devenir boulangère là bas ! Jolie photo et il n'y a que la Dame du médoc pour aller à cette époque de l'autre côté du rideau de fer .Elle n'a peur de rien cette dame !

Simone 02/08/2018 16:31

Toi, tu me veux du mal, me faire rester là-bas, même comme boulangère.............

kaz 29/07/2018 07:15

et bien ...je 'avais pas la moindre envie de me promener par là
mais depuis que le t'ai lu... c'est encore pire !`
bonne journée en Aquitaine

Simone 29/07/2018 10:17

Je n' avais pas envie de m'y éterniser, mais il fallait que je vois ça de mes propres yeux. Et ce n'est pas tout......

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